Le puzzle de la Vie

La période est difficile pour chacun.

Et franchement désastreuse pour certains.

A Baslières, un incendie a détruit la maison de Moustache et son épouse Jeanne le 2 avril.  Moustache tenait là le « café-brocante ». C’était un lieu incontournable pour les pèlerins qui faisaient une halte désaltérante ou une pause dans ce cadre chaleureux, avant d’arriver à Vallerois-le-Bois puis poursuivre par la voie verte vers Dampierre-sur-Linotte. Un arrêt y était prévu lors de la randonnée mensuelle de notre association le 19 avril, annulée pour cause de confinement.

Le couple a tout perdu et se trouve dans le dénuement le plus total. Un mobile home, installé dans la cour,  lui permettra de rester dans ce hameau où il a pris racine depuis plusieurs années.  «Un mobil-home pour accueillir les pèlerins et ne pas qu’on m’oublie » informe  Moustache.

Si vous souhaitez lui apporter un soutien, vous pouvez le contacter au 06 76 03 99 13

Cet incendie survient après celui qui a ravagé également entièrement la maison de Marlène et Jaques Delavelle à Malval en Haute-Saône en mars dernier.  Leur hébergement jacquaire étant définitivement fermé.  


La suite des messages du jour est heureusement moins dramatique.

De Christian Lombard :

Ce 19 avril, ce devait être les préparatifs pour continuer avec Manu la poursuite du chemin de Compostelle, de St-Jean-de-Losne à Cluny.  Reporté comme beaucoup à une date ultérieure.
Alors méditons sur cette citation de Bossuet : ”Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes”.

Nadine la Toulousaine nous incite, elle,  à

réfléchir, méditer avec André Malraux : « Être un homme, c’est transformer de l’expérience en conscience “.

Quant à Gilbert Delbecq, il rappelle

la fête de Saint Benoît Labre, le 16 avril.  Je pense que tout le monde se souvient de notre « patron » des pèlerins… Voici des images de son village natal lors de mon passage sur la Via Francigena en 2015…

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Note : Benoît-Joseph Labre, né le 26 mars 1748 à Amettes (Pas-de-Calais), qui appartenait au diocèse de Boulogne-sur-Mer (France) et décédé le 16 avril 1783 à Rome, est un pèlerin mendiant français qui parcourut les routes d’Europe. Surnommé le « Vagabond de Dieu », il est considéré comme un mystique. Canonisé en 1881, il est liturgiquement commémoré le 16 avril. (Source Wikipédia)

Pour terminer avec espoir malgré les épreuves, voici le puzzle de la vie, recommandé par Jean-Claude Simard.


et ci-dessous, la vingt-cinquième étape de notre feuilleton quotidien « Péleriner confinés » par Denise Péricard-Méa.

Nicole


Péleriner confiné, étape n° 25

Prince et reine interdits de pèlerinages

Hildebert de Lavardin, une lettre dans un ms XVIe siècle

A
urait-on imaginé, même avant la Séparation de l’Église et de L’État de 1905, l’archevêque de Paris interdisant au Président de la République de prendre le bâton de pèlerin et de partir à Compostelle ?


L’exemple d’Hildebert de Lavardin

En 1123 l’évêque du Mans, Hildebert de Lavardin, écrivait au comte d’Angers pour le dissuader de partir à Compostelle :

Vous voulez, dites-vous, entreprendre un voyage en l’honneur du bienheureux saint Jacques. Je ne nie pas que ce ne soit un bon dessein, mais quiconque est chargé du gouvernement est astreint à l’obéissance et, s’il n’est appelé à des choses plus importantes, il manque s’il l’abandonne. Vous êtes sur le point de commettre une faute inexcusable si vous sacrifiez les choses nécessaires à celles qui ne le sont pas, l’administration au repos, le devoir à ce qui n’est pas dû.

Il est très ferme et s’appuie sur les préceptes de l’Église pour rappeler que le pèlerinage n’est pas un devoir. Puis il rappelle qu’il se met en péril en passant par l’Aquitaine avec laquelle il est en conflit. « Vous êtes aveugle si vous ne voyez pas les dangers du voyage ». Son raisonnement est sans appel :

Vous me direz peut-être, “ j’ai fait un vœu, et je me sens coupable si j’y manque ”. Mais considérez que c’est vous qui vous êtes engagé à ce vœu, et que c’est Dieu qui vous a imposé une charge. Si vous vous êtes engagé au voyage, Dieu vous a astreint à l’obéissance. Le pèlerinage vous rappellera la mémoire des saints mais l’obéissance vous fera partager leurs vertus.

Il termine en lui rappelant la liste de ses devoirs et conclut :

Restez chez vous, ne désirez pas voir les lieux des saints mais assistez les pauvres en vous efforçant de les protéger, en n’étant pas préoccupé par le souvenir d’un tombeau, mais occupé de la mémoire des vertus qu’il rappelle.

Une position largement partagée

La portée de ce texte dépasse le simple cadre compostellan, en ces époques riches en Croisades et en déplacements lointains. Formulées d’une manière différente, les critiques d’Hildebert de Lavardin rejoignent celles de Guibert de Nogent qui, au même moment, conteste l’utilité des reliques et donc des pèlerinages. Ces lettres ont été très lues, saint Bernard en a fait l’éloge et Pierre de Blois à la fin du XIIe siècle témoigne qu’on les lui a fait apprendre par cœur dans sa jeunesse.

Un siècle plus tard, l’évêque de Paris réprimande de même la reine Blanche de Castille qui rêvait de retrouver sa terre natale. Il l’invite à aller prier dans le sanctuaire Saint-Jacques le plus proche, sur la montagne Sainte-Geneviève.

Majesté, vous avez déjà dépensé inutilement beaucoup d’argent pour montrer votre magnificence sur votre sol natal, et cet argent aurait pu être beaucoup mieux dépensé.

Vous avez raison, dit-elle, mais que dois-je faire maintenant ? Je suivrai votre décision et je m’engage à renoncer à mon vœu et à répondre de mon nouvel engagement devant le Juge Suprême.

Voici, dit-il, des Frères Prêcheurs qui sont appelés Frères de saint Jacques. Ils sont liés par une dette de 1500 livres. Recevez l’escarcelle et le bourdon et allez à Saint-Jacques, c’est-à-dire dans leur demeure, et acquittez leur dette. Quant à moi, je promets de témoigner pour vous au jour du Jugement.


Et la reine suivit sagement le conseil du saint homme en se rendant en pèlerinage au couvent Saint-Jacques.

Ce sermon fait partie de recueils d’exemples destinés à aider les prêtres à intéresser les fidèles.


Denise Péricard-Méa
demain : Mahaut d’Artois, pèlerine virtuelle
retour à la première étape : Jérôme Münzer part précipitamment de Nüremberg

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