Nos cousins québécois

Le confinement ne sera pas trop pesant aujourd’hui  : nous partons sur les chemins de Compostelle !

Il y a peu, par l’intermédiaire de notre lettre quotidienne, Régis Cristin annonçait la parution de son livre “Compostela, Carnet d’un pèlerin-randonneur”. Il nous livre maintenant « un petit extrait de mon carnet de randonnée avec cette belle rencontre avec des Québécois à Rocamadour »

Nos cousins québécois
A la terrasse surplombante d’un restaurant du haut de la cité de Rocamadour, un couple de Québécois mange, l’air concentré, une des spécialités de la cuisine locale : l’estofinado. Cette morue, le stockfish des pays nordiques, devenue « estofi » dans les parlers du sud-ouest, est séchée sur des claies aux vents secs et froids de Norvège et plus précisément aux îles Lofoten où elle est pêchée depuis des temps immémoriaux  ; elle arrivait par le Lot grâce aux circuits commerciaux de la Hanse : le poisson transporté dans des barriques, du Nord de la Norvège jusqu’à Bergen était ensuite chargé sur les bateaux de Hambourg, Lübeck et d’autres ports de la Hanse et amené dans le sud de l’Europe, notamment au Portugal où il est devenu un plat national, mais aussi dans le sud-ouest de la France puis échangé contre le blé, le bois, le charbon de Decazeville, la laine… par les port de Bordeaux, de Bayonne… Il y a quelque chose d’étrange et de particulièrement savoureux de retrouver sur le plateau de l’Aubrac un poisson pêché en Norvège et devenu un plat régional aveyronnais. Gageons que ni paysans aubracois ni pêcheurs norvégiens n’avaient jamais entendu parler les uns des autres aux temps éloignés du Moyen Age où ce commerce était florissant ; et pourtant, par poisson interposé, ils participaient déjà à une forme de mondialisation.

Nos deux Québécois savouraient donc ce plat et derrière eux à une table voisine, un autre Québécois, seul, tout aussi concentré, se délectait d’une salade de gésiers. Se connaissaient-ils, je ne sais pas mais j’appris un peu plus tard que des voyages organisés de gens du Québec venaient visiter le Sud-ouest par l’aéroport de Bayonne. Ils échangeaient, sporadiquement, leurs impressions culinaires ; le couple tout à coup s’adresse à nous : « Vous habitez un beau pays ! »

Le monsieur se lève régulièrement de table et va jeter un coup d’œil par-dessus le parapet de la terrasse pour admirer ce paysage effectivement extraordinaire, de peur sans doute que la beauté du lieu ne s’échappe entre deux bouchées de morue.

« C’est-y beau, ma foi ! » s’exclame-t-il ; son admiration sans borne va de son assiette au panorama du lieu et l’on se demande ce qu’il admire le plus : ce qu’il déguste ou ce qu’il a devant les yeux. Il se lève encore, vient à notre table comme on le ferait sans façon au Québec, échange des propos enthousiastes, puis me dessine la croix de l’amitié sur mon calepin de voyage, emporté par la même vénération que devait ressentir le pèlerin d’autrefois devant le tombeau de St Amadour enchâssé dans le rocher.

Puis se rasseyant, il continue son repas. Son épouse tout aussi enthousiaste fait alors passer à leur voisin québécois une petite part du gâteau de dessert qu’elle a choisi, sans doute un morceau de tourtière et lui déclare : « Goûtez-moi ça ; c’est si bon, ça goûte le ciel ! »

Quelle belle expression, ici, sur cette terrasse accrochée à la falaise, pour exprimer la suavité de cet instant !



A savoir : le livre “Compostela” est disponible directement sur : thebookEdition. Vous pouvez aussi contacter directement Régis, tél. : 06.38.18.30.23 ou  03.84.60.96.79 .


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 L’estofinado

Vous aurez peut-être du mal en ce moment à trouver du stockfish (cabillaud séché) mais voici quand même une recette simple.

Ingrédients pour 10 personnes : 700 g de stockfisch, 3 kg de pommes de terre, une dizaine d’oeufs, un demi- litre d’huile, persillade, sel, poivre.

Préparation : Faites tremper le stockfish pendant huit jours dans l’eau courante. Faites cuire le poisson pendant une bonne heure et ajoutez les pommes de terre épluchées. Quand le poisson et les pommes de terre sont cuits, trier le stockfisch et l’émietter ; écraser les pommes de terre. Ajoutez la persillade, le sel, le poivre ; remuez et versez l’huile bouillante sur le mélange pour l’incorporer petit à petit. Casser les œufs, les battre et ajoutez-les. Vérifiez l’assaisonnement et servir très chaud. Les gourmands pourront y ajouter de la crème fraîche, de l’huile de noix ou des œufs durs émincés.


Dernière information du jour, transmise par Michel Perceau et Jean-François Vitrey : Arte présente cette semaine, en 5 épisodes, un reportage sur Compostelle. Les épisodes durent 30 mn environ et débutent ce lundi 6 avril à 17 h 45.

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et ci-dessous, la onzième étape de notre feuilleton quotidien « Péleriner confinés » par Denise Péricard-Méa.

Nicole


Péleriner confiné, étape n° 11

Chevaliers – pèlerins de père en fils

Jean II le Meingre (Heures-de-Boucicaut)

En 1386, parmi les chevaliers qui accompagnaient le duc de Bourbon — et qui ont pris la fuite — se trouvait un jeune chevalier, Jean II Le Meingre, dit « Boucicaut », âgé de 22 ans. Il a dû être fort marri de leur échec car son père avait été, lui, un vaillant chevalier qui avait été fait prisonnier des Anglais lors de la défaite de Crécy en 1346. Il l’avait peu connu, mais il savait qu’il était allé à Compostelle en 1354, avec douze chevaliers, grâce à une permission du roi d’Angleterre.
Peut-être pour effacer l’expédition désastreuse, il a eu à cœur de prouver ses qualités de valeureux chevalier. Valeur physique en participant aux expéditions militaires (Il a 25 ans lorsque le roi lui remet le bâton de maréchal, à Tours, en 1391). Valeur morale en devenant membre de la Cour amoureuse. Cette « compagnie » placée sous le patronage du roi Charles VI, fut fondée en 1401 à l’initiative du duc de Bourbon (le même) et du duc de Bourgogne. L’esprit était de redécouvrir l’esprit chevaleresque du temps du roi Arthur. Je découvre aujourd’hui qu’ils avaient une autre raison très actuelle : se détendre durant « cette déplaisante et contrariante épidémie de pestilence courant en ce très chrétien royaume »….
La vie de Boucicaut est racontée dans le Livre des faicts, où s’exprime sa dévotion : « … il va très volontiers en pèlerinage dans des lieux dévots tout à pied, en grand dévotion, et prend grand plaisir de visiter les saintes places et les hommes qui servent Dieu ».


Sainte-Catherine de Fierbois aumônerie (cl. D. Aurin)

En 1408, près de son château de Comacre à Sainte-Catherine-de-Fierbois (en Touraine), il fonde une chapelle « en l’honneur de saint Jacques » près de laquelle il ajoute, en 1415, « un hôpital et aumônerie pour héberger les pauvres et accomplir les œuvres de Miséricorde », auquel il annexe un cimetière, 9 arpents de terre. Une messe basse doit y être dite chaque jour. Il a le projet de repartir à Compostelle car il obtient un sauf-conduit du roi d’Aragon pour passer la frontière. Le texte de ce sauf-conduit montre quel est le train d’un noble pèlerin : 
« Pour que vous, qui êtes notre noble et dévot Jean Le Meingre dit Boucicaut, chevalier, maréchal de France, qui proposez de visiter la basilique du bienheureux Jacques de Galice et d’autres tombeaux de corps saints, pour que vous soyez plus sûrement sain et sauf dans les royaumes et nos terres […] nous vous assurons une escorte pendant trois mois. […] C’est pourquoi nous demandons à tous nos fidèles et officiers placés dans nos territoires, après leur avoir fait connaître par écriture publique l’annonce de votre déplacement [d’assurer votre sécurité et celle de votre] escorte de 100 écuyers, de serviteurs, d’esclaves, de chevaliers et de fantassins, [et de tous vos biens] or, argent, perles, besaces, pièces de monnaies, bijoux, ustensiles, vases et de tous vos biens et ceux des vôtres, quels qu’ils soient ».


Tombeau de Jean II Le Meingre, Basilique Saint-Martin Tours

Mais Boucicaut n’a pas pu partir car, le 15 août 1415 il fut nommé capitaine de Normandie et, le 25 octobre, fait prisonnier à Azincourt au court de la bataille catastrophique où fut décimée la « fine fleur » de la chevalerie française. Il fut emmené en Angleterre où il mourut captif en 1421, au manoir de Mecheley, diocèse d’York. Plus tard, il fut enterré près de sa femme à Saint-Martin de Tours, dans la chapelle familiale vouée à saint Martin.
Parmi les nombreuses clauses du testament de son épouse, Antoinette de Turenne, figure celle-ci :

Item je veux et ordonne être donnée, pour envoyer un pèlerin à Saint-Jacques en Galice et pour les offrandes qui seront faites en l’église 25 francs, et pour la peine du pèlerin 20 francs.


Pour en savoir plus, voir un article de la revue SaintJacquesInfo sur les pèlerins en Région Centre : ici et maintenant

Demain, quand la justice punit en envoyant le coupable en pèlerinage.

Denise Péricard-Méa
demain, la suite : Comment on écope d’un pèlerinage à Compostelle
retour à la première étape : Jérôme Münzer part précipitamment de Nüremberg

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